Combien de temps dure un deuil ?

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C’est la question que personne n’ose poser à voix haute, et que presque tout le monde se pose. Combien de temps avant que cela pèse moins ? Six mois ? Un an ? Le fameux « cap de la première année » ?

La réponse honnête est décevante : il n’existe pas de durée normale. Et c’est justement cette absence de calendrier qui rend la période si déstabilisante, pour la personne endeuillée comme pour son entourage.

Pourquoi le deuil ne suit-il pas d’étapes bien rangées ?

Le modèle en cinq étapes, déni, colère, marchandage, dépression, acceptation, est largement connu. Il a le mérite de donner des mots à ce qui traverse une personne endeuillée. Il a le défaut de suggérer un ordre et une progression.

Dans la réalité, ces états ne se succèdent pas, ils alternent. Une journée peut être traversable et la suivante non, sans qu’aucun élément extérieur n’ait changé. On ne régresse pas, on oscille.

Cette oscillation est décrite par les travaux contemporains sur le deuil comme un mouvement de va-et-vient : par moments tourné vers la perte, par moments tourné vers la vie qui continue. Les deux sont nécessaires, et le passage de l’un à l’autre est rarement volontaire.

Que se passe-t-il dans le corps ?

Le deuil n’est pas seulement un état psychique. Il se manifeste dans le corps, souvent de façon très concrète, et cela surprend beaucoup de personnes qui s’attendaient à de la tristesse et rencontrent de l’épuisement.

  • Le sommeil se fragmente, avec des réveils au petit matin et une difficulté à retrouver un rythme.
  • L’appétit disparaît ou s’emballe, parfois les deux en alternance.
  • La concentration chute nettement, au point de rendre pénibles des tâches habituellement automatiques.
  • La fatigue ne cède pas au repos, parce qu’elle n’est pas seulement musculaire.

Ces manifestations sont attendues dans les premiers mois. Elles deviennent un signal d’alerte quand elles s’aggravent au lieu de s’assouplir, ou quand elles s’installent sans aucune fluctuation au-delà d’un an. Un médecin traitant est alors le bon premier interlocuteur.

Faut-il vraiment « tourner la page » ?

C’est l’une des phrases les plus fréquemment adressées aux personnes endeuillées, et l’une des moins aidantes. Elle sous-entend qu’il faudrait ranger la personne disparue quelque part, et que ne pas y parvenir serait un échec.

Les approches actuelles du deuil disent l’inverse. Il ne s’agit pas de couper le lien, mais de le transformer : passer d’une présence qui fait mal à un souvenir qui peut être convoqué sans être dévasté à chaque fois.

Cette transformation prend du temps et ne se commande pas. Elle passe rarement par la volonté, souvent par la répétition : raconter, revenir, ritualiser, laisser le corps s’habituer à une réalité que la tête a déjà admise depuis longtemps.

Quand un accompagnement extérieur devient-il utile ?

Quand l’entourage s’épuise, quand la parole tourne en rond, ou quand un aspect précis reste bloqué : une image qui revient en boucle, une culpabilité qui ne se déplace pas, une impossibilité à entrer dans une pièce.

Les groupes de parole, les associations de personnes endeuillées et les psychologues formés au deuil constituent le socle.

À côté de cela, certaines approches travaillent spécifiquement sur les scènes qui restent figées et sur la charge émotionnelle qui leur est attachée, comme le fait d’être accompagné dans la traversée d’un deuil par l’hypnose ou des techniques inspirées de l’EMDR.

Ces méthodes ne font pas oublier et ne prétendent pas accélérer quoi que ce soit. Elles cherchent à rendre le souvenir supportable, ce qui n’est pas la même chose. C’est notamment le travail proposé par DMEL Hypnose, en cabinet ou à distance, en complément d’un suivi médical quand il est en place.

Alors, combien de temps ? Le temps qu’il faudra. La seule chose qu’on puisse dire avec certitude, c’est que la douleur change de forme bien avant de disparaître, et que ce changement de forme est déjà un mouvement.

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